L’enfant que vous étiez n’a pas disparu
16 mars 2026 |
Fermez les yeux un instant. Rappelez-vous cet après-midi d’été où, enfant, vous observiez une coccinelle remonter un brin d’herbe — entièrement absorbé·e par ce minuscule spectacle, sans passé à ruminer, sans avenir à redouter. Juste la coccinelle, le brin d’herbe, et vous.
Que s’est-il passé depuis ?
La vie, bien sûr. Ses joies, mais aussi ses blessures, ses déceptions, ses deuils. Et avec eux, progressivement, un alourdissement : des culpabilités accumulées, des rancunes enkystées, des jugements durcis sur soi et sur les autres, des croyances limitantes installées comme des meubles dans un appartement qu’on n’a jamais choisi.
L’enfant curieux, émerveillé, pleinement vivant dans l’instant — cet enfant intérieur n’a pas disparu. Il est encore là, quelque part en vous, attendant qu’on lui rouvre la porte.
Ce que l’enfant sait que l’adulte a oublié
L’enfant ne vit pas dans le passé. Il n’anticipe pas l’avenir avec anxiété. Il est là, pleinement, dans ce qui se passe maintenant. C’est précisément ce que Lao Tseu exprimait :
« Si tu es déprimé, tu vis trop dans le passé. Si tu es anxieux, tu vis trop dans le futur. Si tu es en paix, c’est que tu vis dans le présent. »— Lao Tseu
Cette présence naturelle que les enfants incarnent si spontanément n’est pas un luxe ou une naïveté. C’est une sagesse corporelle et psychique profonde qui a des effets mesurables sur notre santé physique et émotionnelle.
L’émerveillement active le système nerveux parasympathique — celui du calme, de la récupération, de la régénération cellulaire. Un être émerveillé est un être dont le corps se détend, dont le rythme cardiaque s’apaise, dont le système immunitaire se renforce.
La curiosité maintient nos connexions neuronales actives et souples. Elle nous garde ouverts à de nouvelles expériences, de nouvelles rencontres, de nouveaux possibles — là où la peur et les certitudes rigides ferment les portes.
La joie spontanée libère des endorphines et de la dopamine. Elle est anti-inflammatoire, analgésique, immunostimulante. Le corps qui rit, qui s’émerveille, qui joue, est un corps en meilleure capacité de se défendre et de se réparer.
La sensibilité — souvent perçue comme une faiblesse à l’âge adulte — est en réalité une intelligence fine du monde intérieur et extérieur. Elle permet de ressentir les signaux du corps avant qu’ils ne deviennent des douleurs ou des maladies.
L’instant présent, enfin, est peut-être le trésor le plus précieux. Lorsque nous sommes ici, maintenant, nous ne sommes plus en train de rejouer les douleurs d’hier ni de redouter les peurs de demain. Nous sommes simplement vivants.
Le poids invisible que nous transportons
Avec les années, nous avons appris à nous adapter, à répondre aux attentes, à nous protéger. Cet apprentissage était souvent nécessaire, voire vital. Mais il a parfois un coût invisible : celui des fardeaux que nous transportons sans même nous en apercevoir (1).
Les culpabilités s’installent lorsque nous avons intégré que nous n’étions « pas assez » — pas assez bien, pas assez bon·ne, pas assez digne d’amour. Elles se logent souvent dans la nuque, les épaules, le bas du dos. Elles fatiguent le corps autant que l’esprit.
Les rancunes maintiennent notre système nerveux en état d’alerte chronique. Elles entretiennent l’inflammation, perturbent le sommeil et déséquilibrent notre système hormonal.
Les jugements — sur soi et sur les autres — rétrécissent notre monde. Ils nous enferment dans des certitudes qui excluent la nuance, la compassion et la croissance.
Les croyances limitantes sont peut-être les plus sournoises. Invisibles parce qu’elles nous semblent être « la réalité », elles orientent chacune de nos décisions, chacune de nos relations. « Je ne mérite pas d’être heureux·se » « La vie est une lutte » « Exprimer ses émotions est une faiblesse » Ces phrases, souvent héritées de l’enfance, continuent de gouverner silencieusement notre vie adulte.
Déposer, sans effacer
Il ne s’agit pas d’oublier ce qui s’est passé, ni de nier les blessures réelles. L’enfance n’est pas toujours un jardin ensoleillé — certaines ont été douloureuses, marquées par des manques ou des traumatismes que le corps a mémorisés.
Déposer, c’est différent d’effacer.
C’est reconnaître ce qui a été vécu, sans s’y identifier indéfiniment. C’est comprendre que cette culpabilité, cette rancune, cette croyance ont eu un sens à un moment donné — elles vous ont peut-être protégé·e — mais qu’elles ne vous sont plus utiles aujourd’hui. Qu’elles pèsent plus qu’elles ne portent.
Déposer, c’est libérer de l’espace. Et dans cet espace libéré, quelque chose de neuf peut naître.
S’ouvrir au champ des possibles
Un enfant qui joue ne sait pas d’avance comment la partie va se terminer. Il explore, il tâtonne, il s’adapte, il rit de ses erreurs. Il reste ouvert à toutes les directions que le jeu peut prendre.
C’est cet état d’ouverture — que l’on nomme parfois le champ des possibles — qui est le terreau de la guérison, de la créativité, de la joie durable.
Notre corps, notre psyché, notre énergie vitale ont une capacité de régénération et de transformation bien plus grande que ce que nos habitudes mentales nous laissent croire. Les recherches en psycho-neuro-immunologie (PNI) (2) le montrent de façon de plus en plus convaincante : nos pensées, nos émotions, nos croyances ont un impact direct sur notre biologie. Le corps et l’esprit ne sont pas deux entités séparées — ils se parlent, en permanence.
Lorsque nous relâchons les tensions psychiques accumulées, quelque chose se dénoue aussi dans le corps. Lorsque nous accueillons à nouveau l’émerveillement, la curiosité, la joie — des ressources profondes se remettent en mouvement.
Comment retrouver ce chemin ?
Personne ne vous demande de redevenir un enfant insouciant — la vie adulte avec ses responsabilités a aussi sa beauté et sa profondeur. Mais il est possible d’intégrer quelque chose de la légèreté et de la présence de l’enfance dans votre quotidien.
Quelques pistes pour commencer :
Observer sans juger. Pendant quelques minutes chaque jour, posez votre regard sur quelque chose de simple — une plante, la lumière sur un mur, le bruit de la pluie — sans chercher à analyser. Laissez-vous juste toucher.
Bouger pour le plaisir. Pas pour « performer », mais parce que le corps aime bouger, danser, s’étirer. Retrouver le mouvement joyeux, celui de l’enfant qui court sans raison.
Revisiter une croyance. Prenez une pensée récurrente et demandez-vous sincèrement : « Est-ce vraiment vrai ? Ou est-ce simplement ce que j’ai appris à croire ? »
Permettre les émotions. Pleurer quand on en a besoin, rire vraiment, exprimer sa colère de façon saine — c’est du soin que l’on se donne. Les émotions refoulées ne disparaissent pas : elles se déposent dans le corps.
Se faire accompagner. Certains nœuds sont difficiles à défaire seul·e. La réflexologie et la kinésiologie permettent d’accéder à ces couches profondes — là où le corps garde la mémoire de ce que l’esprit a parfois du mal à atteindre — pour libérer ce qui ne circule plus, et remettre en mouvement le potentiel de vie qui vous appartient.
En conclusion
Votre santé ne se résume pas à l’absence de maladie. Elle est aussi cette capacité à vous émerveiller d’un coucher de soleil, à accueillir un inconnu sans méfiance, à vous pardonner une erreur avec douceur, à sentir la joie monter sans la censurer.
L’enfant que vous étiez portait tout cela naturellement.
Il vous attend. Et si vous alliez lui rouvrir la porte ?
(1) Henri Laborit a montré dès les années 1970 que les émotions non exprimées et les situations de stress chronique sans issue génèrent des désordres physiologiques mesurables — une intuition que la psycho-neuro-immunologie (PNI) contemporaine a depuis largement confirmée.
(2) Les recherches en psycho-neuro-immunologie (PNI) le montrent de façon de plus en plus convaincante — des travaux pionniers comme ceux de Candace Pert (Les Molécules des émotions, 1999) ou d’Henri Laborit (L’Inhibition de l’action, 1980) l’ont établi : nos pensées, nos émotions, nos croyances ont un impact direct sur notre biologie.